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Émigration
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Le surpeuplement
des oasis s’est notamment traduit par une importante émigration définitive tout
au long du XXème siècle. Les gens du Dra
et du Tafilalet sont en grand nombre dans les campagnes et les villes de
l’Atlantique. Depuis fort
longtemps, les palmeraies du Sud
faisaient l’objet d’un départ de flux migratoires aussi bien nationaux qu’internationaux. Toutefois le
courant migratoire qui s’est amorcé, dès les années 60, à destination des pays
industrialisés de l’Europe ou des pays arabes, a été précédé par d’autres flux
orientés vers l’Algérie (arrêté après la guerre des sables en 1963).
L’émigration est
de deux types : une émigration interne et l’autre externe
(internationale).
A. L’émigration
interne se présente sous trois formes, en fonction de la durée
et de l’absence : saisonnière, temporaire et définitive.
A.1. L’Émigration saisonnière
Ce type
d’émigration est très ancien et il s’est développé à partir des années 20,
période à laquelle les plaines marocaines connaissaient l'extension de la
céréaliculture d’un côté et l’instauration de la sécurité de l’autre.
C’est un
mouvement à caractère provisoire. L’émigré quitte sa famille pour une durée
limitée de l’année qui varie de 1 à 3 mois. Ce type d’émigration concernait les
couches sociales déshéritées parmi les
sédentaires plus que les nomades. En 1965, environ 17400 moissonneurs
originaires des palmeraies du sud partaient vers le Nord, ce qui représentait à
l’époque 13% des hommes valides.
Les
principales destinations sont en premier lieu les régions céréalières
traditionnelles , Doukkala, Chaouia, Tadla et Saïs. En second lieu ce sont les
régions arboricoles modernes de Tadla, Saïs, Rharb et Triffa, ensuite Saïs,
Rharb et la région de Casablanca, de Safi et du Souss.
Ce type
d’émigration qui a duré jusqu’au milieu
des années soixante est actuellement sans importance . Il a décru d’une manière
brutale à cause de la mécanisation de l’agriculture qui dans les régions
précitées ne requiert que peu de
main-d'œuvre.
Dans certains
cas, l’émigration saisonnière se transforme en émigration temporaire notamment
pour les hommes moins âgés, capables de travailler ou ayant la chance de
trouver un travail.
A.2. L’émigration temporaire
Ce type
d’émigration concerne les gens qui quittent les palmeraies pour une période
relativement longue, mais y reviennent d’une manière régulière, en particulier
pour les fêtes.
Les départs
temporaires semblent avoir commencé dans les années 1920. Au début, cette
émigration était largement orientée vers les campagnes en cours de
développement économique dans les régions atlantiques : vers le Souss, la
Chaouia, le Haouz, le Nord-Ouest. On a souvent fait appel aux Draoua dans les régions irriguées du
fait de leur expérience en matière de jardinage. Ils émigrent vers
d’autres régions comme maçons pour les constructions de pisé ou de briques de
terre sèche ou encore comme puisatiers. Peu à peu, l’émigration vers les villes
est devenue prédominante. Les originaires de ces palmeraies travaillent dans le
secteur secondaire ou tertiaire.
Dans les
palmeraies du sud, les départs temporaires vers l’intérieur sont généralement
plus nombreux. En 1966, ils concernait près de 13000 hommes, soit le neuvième
environ de la main d’œuvre masculine.
Depuis quelques
années, l’émigration temporaire interne a connue des changements tant au niveau
des destinations qu’au niveau des professions. Actuellement la majorité des
migrants se dirigent vers les grandes villes marocaines (Casablanca, Meknès, Fès, Marrakech et
Agadir). Une grande partie de ces migrants travaille dans le bâtiment,
l’artisanat et la fonction publique.
A.3. L’émigration définitive
L’émigrant
s'installe définitivement, en famille, dans la nouvelle destination et quitte
son ksar. C’est le cas de quelques originaires de ces palmeraies qui s’adonnent
depuis longtemps au commerce et à certaines activités spécifiques dans des
villes telles, Casablanca, Marrakech, Meknes, Rabat. L’ampleur de la migration définitive était souvent lié
aux catastrophes naturelles, particulièrement la sécheresse. Au début du
siècle, il a y eu des départs massifs de familles entières suite aux famines
qui ont sévi, après la crise de 1929. Le même phénomène s’est reproduit après
1946.
Qu’elle soit
temporaire, saisonnière ou définitive, l’émigration des populations des
palmeraies du sud a pu rétablir, des
années durant, l’équilibre entre la population et les ressources de ce milieu
hostile.
L’impact
économique de l’émigration vers l’intérieur du pays se réduit d’année en année,
à cause de la crise qui sévit dans les grandes villes du pays. Ainsi
l’émigration temporaire cède la place à l’émigration internationale et cette
dernière devient un des vecteurs de développement dans ces oasis.
b.
La migration internationale
L’émigration des
travailleurs originaires des palmeraies du sud vers l’Europe Occidentale et
particulièrement vers la France, est relativement ancienne puisque les premiers
départs remontent déjà aux années trente. Mais elle est restée de faible
ampleur et il a fallu attendre les années soixante et le début des années soixante-dix pour qu’elle prenne une autre
dimension.
Avant 1963,
l’émigration internationale dans les palmeraies du sud à part celle orientée
vers l’Algérie était faible et ne concernait pratiquement que les anciens
combattants ayant servi la France en Indochine et pendant la deuxième guerre
mondiale.
En revanche,
depuis cette date, l’émigration internationale a pris une autre dimension. Les
recrutements répétitifs qu’opérait le représentant des charbonnages de France
reste un symbole gravé dans la mémoire sociale. Le personnage (Felix Mora) est entrée dans les annales
locales, tantôt comme symbole de richesse, tantôt comme celui des malheurs générés par l’expatriation.
Cette émigration,
qui était dirigée principalement vers la France est régie par l’accord de
1963 conclu entre la France et le Maroc. Elle s’est étendue ensuite aux autres pays Européens, particulièrement aux
Pays-Bas, à la Belgique et à l’Allemagne à partir de 1968.
Quoiqu’il en soit
l’émigration internationale joue un rôle très important dans l’économie locale
et affecte de façon perceptible l’espace. Au delà de l’assistance financière
aux familles restées sur place, les transferts financiers des Travailleurs
Migrants à l’Etranger originaires des palmeraies du Sud sont devenus dans
certaines oasis le vecteur de développement agricole.
Le surpeuplement
de ces oasis et le retard enregistré en termes d’infrastructure, de santé et
d’éducation, sont à l’origine des flux migratoires qui alimentent d’autres
régions et villes du pays ; d’où la nécessité de consentir d’avantage
d’efforts de développement.
Cependant, cette
émigration internationale concerne d’avantage la province de Ouarzazate plus qu’Errachidia
et au sein même de la province de Ouarzazate, on relève des disparités entre
les diverses composantes de cette province.
Le Dadès-Todrha
et le Dra sont les deux grands foyers de l’émigration internationale dans la
réserve. Mais au delà de cette constatation globale, il est nécessaire de noter
qu’à l’intérieur de chacun de ces deux foyers, le nombre d’émigrés varie
largement d’une commune à l’autre.
B.1. Dans le Dadès, l’émigration internationale
s’intensifie de l’amont vers l’aval. Trois zones migratoires sont
précisées: Territoire des tribus Aït Atta, Territoire des Aït Sedrat Sahel et
des Mgouna et enfin la zone montagneuse.
Les tribus Aït
Atta occupent les deux communes rurales de Khmis et de Boumalne. L’émigration
internationale atteint en moyenne 8 personnes pour 100 habitants et 41,6% de la
population masculine active.
La France est le
premier pays d’emploi pour la majorité des travailleurs dadssi, suivie des pays
Bas et de la Belgique. Les autres pays européens et les pays arabes n’ont attiré
qu’une minorité de migrants.
A Boumalne les départs sont
particulièrement précaires. Les familles sans terres sont nombreuses car elles
dépassent 20% et les départs constituent la principale source de survie.
Une participation active des Aït Seddrate Sahel et des
Mgouna
Les communes de Mgouna (Kalaa, Irhil n’oumgoun et A.
Ouassif) et celles des Aït Seddrate Sahel correspondent à la basse vallée du
Dadès. Dans les communes les surfaces agricoles utiles cultivées représentent
environ 52 % de la S.A.U.C de l'ensemble du Dadès.
Avec 1753
travailleurs à l'étranger en 1990, ces communes apparaissaient comme l'un des
foyers migratoires les plus actifs de cette région; mais vu l'importance de
leurs populations (35 381 habitants en
1982), le taux de départ à l'étranger est relativement moyen. Il représente 5 %
de la population totale et environ 22,8 % de la population masculine active.
Chez les Aït
Seddrate Sahel, malgré de meilleures possibilités
agricoles on assiste à une émigration considérable.
En 1990, Aït
Seddrate Sahel compte environ 980 travailleurs à l'étranger ce qui représente
5,4 % de la population totale (18 035
habitants en 1982) et un peu plus de 22,3 % des hommes valides.
Cependant, comme
dans le cas de la plupart des travailleurs Dadssi, les Aït Seddrate Sahel
se fixent en
majorité en France
et aux Pays-Bas avec
respectivement70% et 23,4 % des émigrés. Les autres pays européens
et arabes ne fixent qu'une faible partie de ces émigrants.
En effet,
d'importantes différences peuvent être enregistrées selon les ksours en ce qui
concerne l'émigration internationale. Or, Si tous les ksours sont concernés par
l'émigration, 4 d'entres eux y participent d'une manière significative: Aït
Boubker et Tawrirte dans la fraction d'Aït Rbamaia (Sedrate charkia).
Dans les Mgouna,
l'émigration décroît d'amont en aval. Le domaine de Mgouna est subdivisé en
trois parties correspondant à trois échelles d'altitudes, trois genres de vie.
Les Aït Mrao, éleveurs riches du secteur montagnard, les Aït Ahmed, sur le
cours moyen, plus pauvres et les Aït Oassif, cultivateurs de basse vallée.
En 1990, on
compte à peu près 791 ouvriers à l'étranger soit 4,6 % de la population totale
et 24 % de toute la population masculine en âge de travailler .
Cette population
est ventilée comme suit : 69,8 % en France, 24,7 % aux Pays-Bas,3,9 % en
Belgique, le reste dispersé dans les autres pays de la C.E. et quelques pays
arabes.
A mesure que l'on
quitte les basses vallées en direction de la haute montagne l'émigration
décroît sensiblement.
Une zone de forte
émigration de 7 à 10 % de la population totale en moyenne correspond aux zones
de basse vallée.
Les zones montagneuses sont des secteurs de faible
émigration qui ne dépasse pas 1,4%.
B.2. L'émigration
dans la vallée du Dra: une alimentation prépondérante par les Oasis d’amont
On distingue
trois types d'oasis qui alimentent les flux de départ dans l'ensemble du Dra.
B.2.1. Mezguita
et Tinzouline
Ce secteur
fournit à lui seul près de la moitié
(49,7 %) des émigrés Draoua à l'étranger.
Les tribus qui
occupent cette oasis sont les Aït Atta, les Aït seddrate du Dra et une partie
d'Aït Yahia. L'espace migratoire de ces travailleurs révèle la place
privilégiée de la France comme pôle de fixation (68,3 %), suivie par la Libye
(18,7%), l'Arabie Saoudite et les Pays-Bas.
Au niveau des
fractions, ce sont les ksours de Tissrgate et d'Afra qui ont envoyés plus de la
moitié (63,1 %) de l'effectif total des
Mezguités à l'étranger. Les liens qui existent entre les habitants de ces
fractions Aït Seddrate du Dra avec leurs cousins Aït Seddrate du Dadès explique
cette participation massive à l'émigration internationale.
En seconde
position se trouve Tinzouline avec 741 émigrés à l'étranger, ce qui représente
2,6 % de la population totale de ses effectifs démographiques globaux qui sont
de 28 922 personnes en 1982 et 12,2 % de ses actifs masculins. Cette oasis est
occupée par les tribus arabes Oulade Yahia et Lakaba. Sa superficie agricole
est d'environ 3691 ha irrigués, soit 7,8 habitants par hectare.
La grande
majorité de ces émigrés s'est orientée vers la France (75,9 %), suivie par la Libye qui attire 15,3 % des travailleurs
émigrés de cette oasis..
B.2.2. Ktaoua et Mhamid
Elles regroupent
en 1982 respectivement 24 780 et 8 671 habitants en 1982. Ceux-ci vivent sur 5
223 et 1 638 ha, soit 4,7 et 5,3 habitants par ha.
Ces deux oasis
restent moins peuplées par rapport aux oasis d'amont. Mais cette densité est
significative dans la mesure où ces deux oasis qui connaissent une dégradation
économique croissante gardent encore une charge démographique dépassant leurs
ressources.
En 1990, nous
avons estimé le nombre de départ à environ 500 pour Ktaoua et 192 pour Mhamid.
Cela représente respectivement 1,9 % et 2,2 % de la population totale et 9,7 et
10,8 % des actifs masculins.
La France est
toujours la principale destination avec 61,7 % pour les émigrés Ktaoui contre
43,6 % seulement pour les Mhamdi. Le reste se fixe dans les pays Arabes, avec
une nette différence entre les deux oasis. Pour Ktaoua, la Libye vient en
seconde position avec 15,9 % suivie par l'Arabie Saoudite (9,3%) et l'Algérie (7,2%). Quant à Mhamid, c'est l'Algérie qui
vient en seconde position dans l'accueil des travailleurs émigrés du Mhamid
avec 27,1 % suivie par la Libye
(23,3%).
B.2.3. Oasis de Ternata et de Fezouata
Le centre de
Zagora (9000 habitants en 1982) est
l'agglomération importante urbaine de Ternata voire dans toute la vallée du
Dra. La mise en place de plusieurs structures administratives à Zagora a permis
d'offrir un grand nombre d'emplois aux natifs de ces deux oasis (Ternata et Fezouata). Les progrès de la
scolarisation vont permettre à un nombre de gens de Fezouata et de Ternata
d'accéder aux emplois de niveau intermédiaire et même de niveau de direction.
Des secteurs d'activités nouvelles vont se développer à Zagora, comme le
commerce, le tourisme et surtout le bâtiment. Ils vont attirer un grand nombre
de personnes des localités voisines.
Cependant, ces
deux oasis ont profité de la grande partie des travaux réalisés par les
chantiers de Promotion Nationale et de l'aménagement hydraulique du Dra pendant
les années soixante. Toutes ces opportunités ajoutées au manque d'expérience
migratoire ancienne expliquent la faiblesse du courant migratoire à Ternata et
à Fezouata.
En 1990, nous
avons estimé le nombre à 406 et 331 migrants, soit respectivement 1 et 1,4 % de
la population totale du Ternata et du Fezouata.
Comme la plupart
des travailleurs du Dra à l'étranger, la France occupe la première place dans
l'accueil des travailleurs émigrés du Ternata et du Fezouata avec 53%. Elle est
suivie par la Libye, 22,7 %, l'Arabie saoudite et les Pays-Bas avec
respectivement 8,5 et 7,3 %.
Il ressort de
cette analyse que toutes les communes du Dadès et du Dra sont touchées par le
courant de l'émigration internationale, dont l'intensité varie d'une zone à une
autre. Ceci s'explique par plusieurs facteurs; les potentialités économiques
des différents secteurs de la région, l'attachement au milieu et aussi
l'ancienneté de la tradition migratoire dans les différentes zones.
L’émigration
internationale qui a constitué au départ une initiative logique des populations
pour rétablir l’équilibre entre les ressources, largement en deçà des besoins,
et les populations, est devenu actuellement, une source de revenu importante,
voire une source d’investissement qui contribue au développement de ces grands
foyers d’émigration de la Réserve.
C.
Le revenu de l’émigration : des
transferts importants et réguliers
Toutes les études
qui ont abordé les transferts des travailleurs migrants, montrent l'attachement
des Marocains à leur milieu d'origine. Cet attachement se traduit par la forte
tendance des travailleurs au transfert, puisque la valeur même de l'émigration
d'un travailleur est considérée en fonction des sommes des fonds envoyées ou
rapportées au pays. Et lorsque le transfert est absent, la malchance explique
aux yeux des voisins et des proches tout ce qui apparaît négatif dans
l'émigration.
Dans les régions
du sud du Maroc, un proverbe dit "quand tu pars â l'étranger, peu importe
le temps passé là-bas, ce qui compte, c'est ce que tu as rapporté; on te juge à
cela".
Plusieurs études
montrent l'ampleur et la régularité de transfert chez les travailleurs dadssi
et draoua, puisque tous transfèrent entre le quart et la moitié du salaire
perçu. Le rythme d'envoi est mensuel chez 74,5 d’entre eux alors qu'il est d'une fois tous les deux
mois chez 23 % et d'une fois tous les trois mois chez 2,5 %.
D'après cette
enquête, chaque T.M.E Dadssi ou Draou envoie chaque année une somme qui varie
entre 8000 et 15 000 Dh, et rapatrie en moyenne entre 14 200 et 20000 Dh ou
plus, certains rapatriant même jusqu'à 40 000 Dh et plus.
Les écarts sont
grands entre les groupes d’émigrés célibataires vivant en groupe ou isolés
vivant seuls et ceux mariés vivant en famille à l'étranger.
Le premier groupe
d’émigrés envoie mensuellement un mandat de 1200 à 1800 DH à leur famille
restée au bled, qui l'attend avec impatience à chaque fin du mois. A chaque
retour au pays, ils rapatrient une somme variant entre 20 000 et 30 000 Dh.
Le deuxième
groupe, qui est celui des émigrés vivant seuls à l'étranger, envoie une somme
de 1000 à 1200 Dh par mois, et rapatrie une somme de 15 000 à 20000 Dh par an.
L'autre groupe
est celui des travailleurs vivant en famille à l'étranger, qui, envoie des
mandats de moins en moins importants, à leurs proches parents, et qui sont de
800 à 1000 Dh.
Comme le nombre
total des travailleurs Dadsi et Draoua à l'étranger est estimé à 7100 émigrés
et sachant que chaque travailleur transfère environ 12 000 Dh chaque année, le
transfert total de cette communauté serait de 85000000 de Dh. A ce chiffre, il
faudrait ajouter les sommes rapatriées par des travailleurs émigrés qui
effectuent le retour annuel au pays. Les allocations familiales perçues pour
les enfants d’émigrés restés au pays, et la somme transférée par les canaux
souterrains peuvent être additionnées au montant envoyé. Les revenus
migratoires injectés dans le bassin du
Dadès et du Dra peuvent être estimés à plus de 120 millions de Dh pour la
vallée du Dadès et à plus de 90 millions de Dh pour celle du Dra.
Dans les vallées
du Dadès et du Dra et à l'instar des autres régions de départ, ces transferts
de marchandises se sont fortement développées ces dernières années. La
surcharge des voitures des émigrés lors du retour annuel donne une idée de
l'importance des transferts effectués sous la forme de marchandises.
Ces achats des
T.M.E ne sont pas destinés uniquement à la famille; ils alimentent de plus en
plus un commerce actif et permettent d'amortir une partie des frais de voyage.
L'observateur qui prend contact avec les centres urbains du Dadès et du Dra
s'étonne de l'ampleur et de la variété des produits importés et exposés à la
vente dans les souks et même parfois dans des magasins, surtout pendant l'été.
Ces produits importés de l'étranger sont en général des articles électroniques
et électroménagers, des pièces détachées, des tissus de soie, des produits de
beauté, sans parler des vêtements et des tapis. Ces produits connaissent un
véritable succès auprès des populations ksouriennes.
L'augmentation
constante de l'effectif de chômeurs et de retraités parmi les travailleurs
émigrés a fortement contribué au développement de ce type de transfert.
Certains émigrés ont tendance à se transformer en véritables commerçants
effectuant le va-et-vient entre l'étranger et la région plusieurs fois dans l'année.
Une étude faite
par l'O.R.M.V.A.O, en 1994 sur les revenus agricoles fait ressortir que le
revenu moyen des exploitations agricoles s’établit a 5800.00 Dhs/ an pour une
SAU de 0.75 Ha.
Si on compare ces
revenus tirés de l'activité agricole aux transferts migratoires, on constate
que ces derniers sont deux fois supérieurs aux revenus agricoles dans la vallée
du Dadès, et représentent plus de la moitié de la valeur de la production
agricole dans celle du Dra.
Une part
importante de revenu du travail des émigrés est épargnée, l'essentiel des
transferts est affecté surtout à la consommation. Ceci s'explique par la
motivation même de l'émigré qui a pour objectif principal d'améliorer sa
situation matérielle et d'assurer la subsistance de sa famille restée au pays.
C'est ainsi que l'envoi régulier d'argent sert d'abord à la consommation
courante de la famille restée au pays d'origine. Tandis que le transfert sous
forme d'épargne sert à la réalisation de projets à moyen et à long terme des
Travailleurs Marocains à l’Etranger (TME).
Ce sont des
investissements improductifs, mais de reproduction sociale. Outre la
satisfaction directe des besoins de la consommation, on peut distinguer quatre
autres pratiques chez les émigrés : la construction d'une maison, l'achat d'une
voiture, le mariage et le pèlerinage à la Mecque (Hadj).
La moyenne
annuelle des économies sur les salaires envoyée par émigré atteint 12000 Dh
chaque année. Cela représente un revenu extérieur par famille composée de 6,5
personnes en moyenne (d'après le
recensement de 1982).
A cette somme
transférée, peuvent s'ajouter d'autres types de ressources : les allocations
familiales perçues pour les enfants restés au pays, les revenus d'une petite
exploitation agricole, ou ceux apportés par d'autres membres de la famille
touchés par l’émigration intérieure.
Mais la
contribution des revenus migratoires dans le budget global de la famille reste
très forte, puisque d'après notre enquête auprès des ménages migrants, les
revenus migratoires constituent la seule source de revenus de 22,6 % des
ménages, plus de 85 % de l'ensemble des ressources de 65,2 % des familles et
entre 40 et 60 % des ressources pour 12,2 % des ménages.
L'achat ou la
construction d'une maison représente le domaine privilégié vers lequel se
dirige l'épargne des migrants. Cette affectation reste prioritaire puisqu'elle
absorbe à elle seule 58,3 % des investissements réalisés par les émigrés en
milieu rural. Tous les émigrés ont déclaré avoir consacré une partie notable de
leur épargne à la construction d'une maison.
L'investissement
dans les secteurs productifs affectent trois secteurs: le secteur agricole, les
entreprises non agricoles et les services.
L'achat des
terres agricoles est le second secteur d'investissement des travailleurs
émigrés à l'étranger. L'importance qu'occupe ce secteur chez nos émigrés se
traduit par la place qu'il occupe dans l'ensemble des investissements
réalisés (31%).
Le secteur de
service et de commerce apparaît comme le troisième domaine privilégié par les
émigrés. Il répond ainsi à leur
objectif qui a toujours été d'exercer une fois de retour au pays, une activité
indépendante. Par ailleurs, la recherche du profit immédiat, conduit souvent le
migrant à investir dans ce secteur. Cette pratique aboutit à une multiplication
des petits commerces à valeur ajoutée quasiment nulle.
En revanche,
l'investissement dans la création des entreprises industrielles est nul.
Une part
importante de ces réalisations est généralement investie dans le village
d'origine, soit dans le logement ou bien dans l'agriculture, afin d'agrandir ou
d'améliorer la propriété familiale.
Concernant les
autres régions d'investissements des travailleurs, il faut noter que dans la
plupart des cas, ce sont les villes qui attirent le reste de réalisations du
premier rang.
La totalité des
projets réalisés par les travailleurs émigrés du Dadès et du Dra est financée
presque totalement par les revenus tirés de l'émigration, soit 97 % des
investissements. Ainsi la plus grande partie des T.M.E (environ 92,6 %) qui ont
réalisé des projets, n'ont pas eu recours aux crédits bancaires.
Le financement
des réalisations par les revenus de la migration varie selon la nature de la
réalisation, mais il est généralement élevé. Elle est d'au moins 80 % pour le
commerce et les services, 95,6 % pour la construction d'un logement et de 99%
pour l'achat des terres agricoles. Pour l'achat de matériel agricole, la part
de l'émigration est d'environ 70 %.
L'insuffisance,
voire l'inexistence d'autres sources de revenus chez les T.M.E, ainsi que le
financement étape par étape des projets explique cette forte participation des
revenus migratoires dans le financement des projets réalisés par les T.M.E.
Cette réalité
n'est pas unique chez les travailleurs émigrés du Dadès et du Dra, elle est
presque générale chez les travailleurs émigrés Marocains.
L’émigration, en
général et internationale en particulier était nécessaire pour soutenir
l’activité agricole. Elle a largement contribué à l’amélioration des conditions
de vie des populations et au développement agricole.
Cependant, on
atteint la fin de l’âge d’or de l’émigration internationale, et les générations
d’émigrés, qui ont contribué au développement de ces oasis, s’approchent de la
fin de leurs vies et il n’est pas sûr que leurs enfants reprennent le relais.
Il est donc temps
de reconsidérer la place qu’on accorde à l’émigration internationale dans la
politique de développement local.,, puisqu’elle n’est pas une ressource
durable.
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